Fermer
© winkdeco 2018 - Tous droits réservés
Recherche

Nous avons visité la Villa Cavrois, chef d’œuvre de Robert Mallet-Stevens

8 min de lecture
Maison moderniste des années 30, la Villa Cavrois est revenue de loin et vécue des années sombres bien avant de retrouver la lumière en 2015.

Finalisée en 1932, la villa est commandée par Paul Cavrois (riche industriel du textile à Roubaix) et sa femme Lucie,  auprès de l’architecte Robert Mallet-Stevens pour loger sa famille de 7 enfants et le personnel de service. Recouverte de briques de parement jaune avec les lignes horizontales peintes en noir, la villa est pensée comme une œuvre d’art totale et constitue un ensemble homogène entre architecture, décor et mobilier. Mallet-Stevens ajoute les technologies avancées de l’époque : chauffage central, éclairages, ventilation, volets roulants, ascenseur, monte plats, téléphones dans chaque pièce…
À l’époque la villa ne suscite pas l’enthousiasme souhaité par Paul Cavrois. Critiquée comme étant trop grande, trop moderne et trop futuriste.

Son surnom “chateau moderne” lui va si bien !

Les années sombres

Durant la deuxième guerre mondiale, la famille Cavrois déserte la villa. Elle est successivement occupée par les troupes allemandes puis françaises qui, à la libération, endommagent les lieux en cherchant des documents. À son retour en 1947, Paul Cavroix souhaite transformer l’intérieur de la maison pour vivre avec ses deux fils aînés et leurs familles. Il fait appel à l’architecte Pierre Barbe pour y intégrer deux appartements (Robert Mallet-Stevens est mort en 1945). La villa est habitée par la famille jusqu’en 1985 après les morts successives de Paul et Lucie Cavrois. Les fils vendent alors les meubles dessinés par Robert Mallet-Stevens et les ornementations (marbres, parements…) puis la villa et le terrain sont vendus à un voisin opportuniste qui monte une société immobilière et souhaite raser la maison pour y construire des immeubles. Le voisinage s’est opposé à ce projet pour préserver leur tranquillité et malgré son classement aux monuments historiques en 1990, la villa n’est plus entretenue par le propriétaire qui laisse opérer les pilleurs et les squatteurs. La villa est alors complètement ravagée. En 2001, l’état réussi à acheté la propriété en péril et la confie au Centre des Monuments nationaux en 2008.

La restauration

En 2003, l’État entreprend un vaste chantier de restauration en plusieurs phases : renfort des structures, restauration du clos et de la couverture, jardin et espaces intérieurs.
La restauration consiste à  retrouver l’état d’origine de la villa lors de son inauguration en 1932. Les volumes initiaux des pièces et des décors sont restitués à l’identique grâce à des photographies anciennes et aux traces archéologiques de bâti (les archives de l’architecte d’origine Robert Mallet-Stevens ont été détruites lors de sa mort en 1945). Les éclairages, les meubles attachés aux décors comme les étagères et les banquettes sont restitués à l’identiques. Les parquets, huisseries métalliques et marbres sont restaurés ou restitués.
Bien que réduit, le parc, lui aussi, retrouve son état d’origine. Les allées sont redessinées et les espaces verts retrouvent leurs états d’origines à l’aide de photographies. Le miroir d’eau comblé pendant la guerre est restitué.

Aujourd’hui la villa Cavrois a retrouvé une partie de sa splendeur d’origine. Pensée, érigée et créée comme un château moderne de style Art Déco, sa visite, parfois déroutante tant le modernisme est présent à travers ses installations audacieuses pour l’époque, vous plongera dans un passé glorieux et fastueux de l’architecture des années 30. Après 12 ans de travaux d’un coût total de 23 millions d’euros, la villa est considérée comme une œuvre d’art représentative de l’architecture de style international de l’entre-deux-guerres. → Voir plus de photos sur notre Pinterest


Robert Mallet-Stevens (1886-1945)
Robert Mallet-Stevens débute sa carrière en 1907. Marqué par l’architecture de Josef Hoffman et de la Sécession viennoise, il se distingue dès ses études à l’École spéciale d’architecture en défendant une vision moderne et rationnelle de l’architecture, qui refuse l’ornement.
Dans les années 1920, Mallet-Stevens, architecte curieux et polymorphe, œuvre dans divers domaines : pour l’industrie et le commerce, il dessine des vitrines et des magasins. De cette expérience, il garde une conception novatrice de la lumière qu’il traite comme un matériau à part entière. Parallèlement, il réalise les décors d’une vingtaine de films, parmi lesquels L’Inhumaine (1924) et Le Vertige (1927) de Marcel L’Herbier. Il y développe une vision du décor intérieur comme mise en scène de la psychologie des personnages.
L’exposition de 1925 met Mallet-Stevens sur le devant de la scène : l’architecte signe plusieurs pavillons et aménagements, qui tranchent par leur modernité.
Le nom et l’œuvre de Mallet-Stevens restent essentiellement attachés à l’architecture domestique bourgeoise. En 1922, Paul Poiret lui commande une villa, qui reste inachevée. Entre 1923 et 1928, il conçoit une résidence pour le Comte de Noailles à Hyères. Au même moment, il réalise un ensemble d’habitation pour la rue qui porte son nom, dans le XVIe arrondissement de Paris.
La villa Cavrois, construite entre 1929 et 1932, marque l’aboutissement de sa pensée : grâce à la confiance que lui accordent Paul et Lucie Cavrois, Mallet-Stevens réalise un chef-d’œuvre, concevant à la fois le bâtiment, ses aménagements intérieurs et son mobilier, ainsi que le parc.
Toute sa vie, Mallet-Stevens œuvre en faveur d’une architecture véritablement moderne. Ses nombreux écrits, qui défendent les réalisations de ses contemporains, en témoignent. Cet engagement se traduit également par la création de l’Union des Artistes Modernes (1929) et de la revue L’architecture d’aujourd’hui, que Mallet-Stevens contribue à fonder et dans lesquelles il occupe une place importante. Au tournant des années 1930, Mallet-Stevens est, avec Le Corbusier, l’un des architectes les plus en vue. En dépit de son importance dans la construction d’une pensée architecturale moderne, son travail tombe peu à peu dans l’oubli après sa disparition en 1945.


La famille Cavrois
Issu de la bourgeoisie industrielle de Roubaix, Paul Cavroix (1890-1965) possède deux filatures textiles et une teinturerie. Il épouse En 1919 Lucie Vanoutryve (1891-1985), veuve de son frère Jean, mort à la guerre en 1915 (oui, oui, ça se faisait beaucoup a l’époque). De leur union naissent quatre enfants qui viennent agrandir la famille déjà composée de trois entants issus de premier mariage de Lucie avec Jean Cavrois.


Villa Cavrois
60 avenue John Fitzgerald Kennedy
59170 CROIX
www.villa-cavrois.fr
villacavrois.blogspot.com
Instagram

8 commentaires

  1. Je rêve d’y aller depuis son ouverture au public et avec votre article, j’ai encore plus envi d’y aller!
    Merci de m’a avoir appris un peu plus sur cette villa

    1. C’est vraiment une chouette visite à faire. Je n’ai pas pu tout raconter dans cette article mais l’histoire de cette maison est incroyable.

  2. J’y suis déjà allé 2 fois mais je n’ai jamais eu ce temps, quelle chance! Et en plus il n’y a personne sur vos photos. Vous avez privatisé la villa pour votre visite?

    1. Nous avons eu beaucoup de chance pour le temps qui était parfait pour cette visite.
      Et non, nous n’avons pas privatisé la villa pour nous même si on aurait adoré. Il y avait un peu de monde. Il fallait être patient pour faire la bonne photo et sur certaines j’ai du effacer quelques personnes ^^

Écrire un avis

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Fermer